.  Les pages qui suivent rassemblent et synthétisent sous la forme d’un entretien illustré les notes, manuscrits, relevés divers et propos - datés de 1969 - d’Alvaro Guillot-Muñoz relatifs aux stèles gravées Valdivia. Quand avez-vous vu une stèle gravée Valdivia pour la première fois ?  En 1946. Je me trouvais dans le département de Manabi, non loin du port de Pedernales. J’étais à cheval avec trois amis, nous longions le rio Coaque, quand un jeune homme, en bordure d’un hameau constitué d’une dizaine de huttes sur pilotis, nous a fait signe. Il tenait dans ses mains une pierre plate blanchâtre d’une trentaine de centimètres, rectangulaire, et dont la gravure, étonnement stylisée, faisait apparaître sur une face  - quand on la dressait verticalement - une tête avec deux grands yeux carrés qui, pour chacun d’entre nous, évoquait d’emblée celle d’une chouette. A voir les traces d’enfouissement, j’ai immédiatement compris qu’il s’agissait d’un objet authentique et précolombien. J’ai donné une récompense au jeune homme et me suis promis de revenir en emportant la trouvaille. L’avait-il découverte à proximité ? De quelle culture était-elle ? Je n’imaginais pas alors que l’étude de cette pierre et les allers-retours qui ont suivis allaient déclenché chez moi autant d’années de questionnement et de discussions souvent enflammées, tout particulièrement, dans les années 1952-1954, avec mon ami Paul Rivet, le directeur du Musée de l’homme à Paris, lequel, devant les photos de stèles que je lui présentais, après chacun de mes voyages, s’enthousiasmait devant la modernité de ces objets à l’origine inconnue. A compter de 1956-1957, c’est, de plus, avec Emilio Estrada, à Quito, qu’ont fusé les échanges. L’on venait alors de lui attribuer la découverte, à 300 km au sud de Pedernales, des petites figurines en terre qu’il venait de baptiser « Valdivia », du nom du village éponyme. Des figurines que, bientôt, le couple américain Evans-Meggers allait, trompé par les similitudes, attribuer à la culture Jōmon du Japon ! Pour Emilio Estrada, c’était très simple. Les stèles (il n’avait jamais eu l’occasion d’en voir avant que je lui en présente) provenaient de la région située entre le fleuve Jama et le fleuve Coaque. Pour lui, elles étaient donc d’origine Jama-Coaque et datées de la période formative, l’équivalent du néolithique européen. Pour autant, je m’interroge : s’agit-il réellement de la même civilisation ? A ma connaissance, l’on n’a jamais retrouvé sur un même site des stèles et des terres cuites. Et puis, toujours à propos des autres pierres qualifiées de Valdivia, la logique consiste à penser que la hache est antérieure à tout autre objet. Elle vient tout au début de la chronologie, suivie par la pierre gravée. Après seulement, apparaît la terre cuite. Je pense donc que les pierres gravées précèdent dans le temps les terres cuites de Valdivia. C’est pourquoi, je me sens plus à l’aise en parlant, à propos des pierres gravées, de civilisation pré-Valdivia ou de civilisation pré-Jama-Coaque. Soit près de 2000 ans avant notre ère*. Vous êtes retourné plusieurs fois en Équateur. Avez-vous eu l’occasion de voir sortir de terre des stèles gravées et dans quelle région précisément ? Sur ce dernier point, vous me permettrez de garder le silence. J’ai réservé l’information sur le lieu précis des fouilles, là où j’ai effectivement vu sortir de terre des stèles gravées, à un scientifique du pays. Que va-t-il en faire ? Pour ce que j’ai vu, de mes propres yeux, les pierres sont enfouies au sommet de monticules naturels. Il s’agit de sites cérémoniels. J’entends par là qu’on ne découvre pas ces pierres dans des tombes. A ce que m’ont rapporté les paysans qui en ont mis au jour, elles ne sont jamais au contact de squelettes. Ce qui exclu qu’elles soient des éléments de protection pour le mort comme on le verra par la suite dans les civilisations précolombiennes sud-américaines. En général, les pierres sont groupées et se présentent en désordre, sans attention apparente d’organisation. C’est effectivement ce que j’ai vu personnellement (suite page suivante)                                                                                  Les avancées d’un passionné, Alvaro Guillot-Muñoz *Le magnifique musée Casa Alabado, ouvert en avril 2010 à deux pas de la place de San Francisco à Quito, expose nombre d’objets précolombiens de grande qualité parmi lesquels des haches, des mortiers et des stèles « Valdivia ». Ces objets y sont datés de 3999 BC (Before Christ) à 1449 BC. 1897 : Naissance en Uruguay. 1935 : Début de la collection précolombienne 1950 : Attaché Culturel à l’ambassade de l’Uruguay à Paris. Rencontre avec Paul Rivet, directeur du Musée de l’Homme 1956-57 : Rencontre avec l’archéologue équatorien Emilio Estrada. 1960 : Ministre plénipotentiaire à Rome. Membre de l’Institut Italien de Préhistoire. 1971 : Décès et legs de sa collection à sa fille Julieta Esmeralda Guillot-Muñoz. Alvaro Guillot-Muñoz (1897 - 1971) Ecrivain, paléontologue et diplomate Uruguayen Le “tola” d’Atahualpa, à l’Est du port de Pedernales, où furent mises au jour nombre de stèles gravées.                          Sur la piste qui longe le rio Coaque Le rio Coaque Page précédente ACCUEIL Page suivante Les pierres Valdivia en question 2
Plus de 300 km séparent les grandes zones de découverte des “vénus” et des stèles.