.  Les interrogations de votre père semblent vous avoir poursuivies toute votre vie ? C’est vrai, je suis poursuivie par une voix lancinante. Celle de mon père, qui me demande d’agir. Je subis l’assaut d’images qui m’interpellent. Aujourd’hui, plus de 30 ans après la disparition de mon père, je l’entends encore se poser des questions sur les stèles Valdivia. En réalité, sa formation de paléontologue a développé chez lui la volonté de mieux connaître les origines de l’homme et les origines des civilisations. N’est-ce pas ce qui forgé sa passion pour la collection d’œuvres  précolombiennes ? On ne peut pas dire qu’il était réellement collectionneur, mais sa curiosité le poussait à toujours en savoir plus sur ce qui lui était proposé au cours de ses voyages. C’est ainsi qu’il a étudié, dès 1935, les tissus peints péruviens qui étaient alors méprisés par tous les chercheurs. Puis, en 1946, sa curiosité a été piquée au vif par une pierre plate gravée que lui montrait un jeune Équatorien. Par la suite, j’ai été témoin de l’aide que mon père a demandé à Paul Rivet, alors directeur du Musée de l’Homme, quand il a été nommé attaché culturel  à l’ambassade d’Uruguay à Paris, en 1950. Presque chaque dimanche, il était convié à une réunion informelle au musée avec des interlocuteurs internationaux. Paul Rivet se tenait informé des avancées archéologiques dans le monde entier. Les questions posées par mon père sur les civilisations précolombiennes équatoriennes l’intéressait particulièrement, car il y avait vécu en tant que médecin militaire et son épouse, Mercédès Andrade Chiriboga, était Équatorienne. Evidemment, à cette époque, personne ne connaissait le nom de Valdivia (les « Vénus » ont été nommées ainsi par Emilio Estrada en 1956). Mais, hélas, les différentes stèles présentées à ces réunions, si elles ont chaque fois suscité la curiosité, n’ont jamais obtenu de réponse culturelle. Entretien daté de mai 1997                           J’imagine que vous avez apprécié qu’un archéologue réclame, en 1980, une étude sur la culture Valdivia ? La demande appuyée, je devrais plutôt dire le « cri », d’Alberto Rex Gonzalez, a résonné jusqu’à moi. Comment ne pas apprécier quand ce grand archéologue réclame, dans un document destiné à l’Unesco, une vaste étude sur la culture Valdivia. Il considère que les travaux doivent englober un plus large territoire. Jusqu’à San Isidro (300 km plus au nord de Valdivia). Curieusement, dans ce document très fouillé, il n’est pas fait mention des stèles en pierre ! C’est à cette époque, à la fin des années 80, qu’arrivent en Europe les toutes premières stèles… Un voyageur franco-argentin a, en effet, acquis à Quito un groupe de ces pierres et il les a rapportées en Europe. À ma connaissance, ce sont les toutes premières traces de ces objets sur le continent européen. Je ne parle pas encore de ventes. Vous allez bientôt découvrir qu’Alberto Rex Gonzalez n’a jamais entendu parler des stèles. C’est incroyable… Pour cela, il faut attendre 1990.  Alors que je rejoins ma famille en Uruguay, un déjeuner est organisé, à Buenos Aires, chez le peintre argentin Nicolas García Uriburu. Celui-ci a convié Alberto Rex Gonzalez, sachant que Nicolas, collectionneur d’objets précolombiens argentins, finalise la présentation de son Musée privé (il ouvrira en 1999). C’est au cours de ce déjeuner qu’Alberto Rex Gonzalez va découvrir l’existence des pierres gravées Valdivia. C’est effectivement incroyable et pourtant j’en ai été témoin. Puis, le marché de l’art européen s’intéresse aux pierres gravées… Le  tournant  a  lieu  à  Bruxelles  en  1992. Quand,  pour  la  première Julieta Guillot-Muñoz, sur les traces « valdiviennes » de son père Géométrique ou zoomorphe, l’iconographie des stèles gravées reste à “décoder”. Page suivante Page précédente ACCUEIL Les pierres Valdivia en question 5